mardi 16 septembre 2014

L'enfant connecté

Zoom sur le parascolaire
Accompagner un enfant, l’éduquer ou le soigner nécessite de tenir compte de son environnement imaginaire et symbolique et de sa manière de s’inscrire dans la culture dans laquelle il est immergé. Or, la  matière  numérique[1] constitue un nouveau médium dont l’impact  aura une portée aussi conséquente que l’invention de l’écriture.  Accueillir le nouveau et l’inattendu de notre culture contemporaine est de notre responsabilité si nous voulons guider les enfants dans le mouvement engagé sans les abandonner aux risques d’assumer seuls ces mutations non expérimentées ni travaillées par le temps. Chaque génération transmet et impose, souvent à son insu, ses évolutions sociétales à la génération suivante. Chaque sujet social est engagé dans le devenir de sa culture, même si cette responsabilité est collective. Un déni de cette responsabilité apparaît depuis que les technosciences renversent les savoirs et les pouvoirs, idéalisant la nouvelle génération comme modèle de maîtrise de l’outil informatique. Pourtant, «  une technique reste une technique et seul son usage en fait un outil »[2]. Mais cet outil, permettant l’interconnexion à tout moment,  exerce un pouvoir de fascination et la volonté de limiter son règne n’est pas d’actualité, confirmant la fragilité de nos repères symboliques. Car il manque des représentations symboliques essentielles pour virtualiser l’avenir et le rendre moins étranger.
Pour Texier,  il nous reste à inventer avec les enfants et les adolescents ce qui pourrait soutenir le travail de symbolisation, consistant à intégrer et à faire un usage créatif de ces nouveaux outils que nos générations leur ont mis à disposition.
Mais que font les enfants avec leur ordinateur ? Selon Allard[3], les petits jouent à des jeux de découverte, les 7 à 11 ans fréquentent essentiellement les sites des jeux d’accès gratuit. Parfois, ils font des recherches ou écrivent et sont  de plus en plus nombreux à aller sur les réseaux sociaux (via leurs parents puisque pour avoir un compte Facebook, par exemple, il faut avoir 13 ans au minimum). 94% des enfants européens de 10 à 12 ans sont connectés à internet et l’âge moyen de navigation est de 9 ans.
Les écrans évoluant constamment, Tisseron[4] estime que les enfants doivent être éduqués aux médias. Il propose aux parents,  aux éducateurs-trices  et aux pédagogues  la règle des 3-6-9-12. Il ne s’agit pas d’interdire cet outil avant tel ou tel âge de l’enfant mais de le permettre à partir de tel ou tel âge, dans une optique non seulement de protection de l’enfant mais de réinvention du monde. Les âges repères sont calqués sur le système scolaire français mais correspondent aussi à des passages de cycles scolaires suisses. Brièvement, voici ce qu’en dit Tisseron[5] :
-        Avant 3 ans, éviter les écrans le plus possible, ou en jouer avec l’enfant quelques instants mais surtout ne pas le laisser seul devant l’écran. De nombreux travaux montrent que l’enfant n’a rien à gagner des écrans.
-        Entre 3 et 6 ans, l’enfant continue à construire son rapport à son environnement. Aussitôt que les jeux numériques sont introduits dans la vie de l’enfant, ils accaparent toute son attention, aux dépens de ses autres activités. Les jeux vidéo proposés sont très répétitifs et peu intéressants.  Il s’agit dès lors de cadrer le temps d’écran et de parler avec l’enfant des images qu’il a vues.
-        Entre 6 et 9 ans, l’enfant n’a pas grand-chose à faire sur internet. Par contre il existe des jeux vidéo intéressants, peu répétitifs.
-        Dès 9 ans, l’accès à internet est possible sous le contrôle et l’accompagnement de l’adulte. Il est important que l’enfant ne découvre pas internet comme un espace de consultation solitaire mais comme un espace d’interactivité et de création de liens.
-        Dès 12 ans, selon le développement de chaque enfant, accès seul à internet et aux réseaux sociaux  avec prudence. Le parent ou l’adulte  définit avec l’enfant des règles d’usage, des horaires et des contrôles.
 Mais s’il convient d’éduquer les enfants à la vie et à l’utilisation du numérique, il convient aussi de nous questionner en tant qu’éducateurs et/ou parents sur notre propre rapport à ce média. La communauté scientifique internationale insiste sur le fait que les usages intensifs des technologies numériques ne relèvent pas d’une forme moderne d’intoxication. Tisseron avance néanmoins que si ces technologies ne produisent pas d’addictions, elles peuvent produire de mauvaises habitudes, individuelles et sociales, et que la solution à des pratiques excessives n’est pas individuelle mais collective.  A propos des technologies numériques, personne ne tient seul la solution de ses excès. Et de faire quelques suggestions comme prendre le repas du soir sans tv ni téléphone mobile ou couper le wifi le soir à partir d’une certaine heure ou encore déposer son téléphone mobile hors de la chambre à coucher…
JBW

Newsletter 81 du CREDE, 16 septembre 2014

 

[1] Texier, D. (2014). Introduction. In D. Texier (sous la dir. de), L’enfant connecté. (pp. 7.15). Toulouse : Erès.
[2]Ibid. p. 9.
[3] Allard, C. (2014). Communiquer avec les mondes numériques, une nouvelle forme d’altérité pour les enfants et les adolescents. In D. Texier (sous la dir. de), L’enfant connecté. (pp. 77-94). Toulouse : Erès.
[4]Tisseron, S. (2013). 3-6-9-12. Apprivoiser les écrans et grandir. Toulouse : Erès.

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